critique d’un amour saignant sur Disney+

conte de fée ensanglanté

C’est avec un date tout ce qu’il y a de plus foireux que débute ce film à l’allure d’histoire romantique du 21e siècle. Mia (Daisy Edgar-Jones), fatiguée des rencontres décevantes et sans intérêt via des applications, se retrouve en tête à tête dans un restaurant avec la parfaite caricature du blaireau misogyne, raciste sur les bords et sans respect. Mais pour elle, les applications restent un passage obligatoire : elle est persuadée qu’aucune rencontre ne se fait désormais dans la vraie vie.

Pourtant, quelques jours plus tard, c’est entre une grappe de raisins secs et des brocolis au rayon fruits et légumes de son supermarché, vêtue d’un survêtement emballé par ses chaussettes qu’elle est proposée par le bel inconnu idéal. Sebastian Stan apparaît là, sous les traits de Steve, tout en douceur face à une Daisy Edgar-Jones médusée par sa méthode de séduction : aussi maladroite que charismatique.

Frais : photo, Daisy Edgar-Jones« L’amour vous attend dans l’allée 4 de notre supermarché »

Sans grand espoir, elle accepte de le revoir et tout semble se passer de manière aussi mielleuse et nunuche que possible. Débarquent pourtant quelques répliques grinçantes sur des points communs entre les deux protagonistes : chacun a connu la perte d’un parent et ce simple détail, que Steve ne manque pas de relever avec son humour bien à lui, donne un avant-goût de ce qui semblait jusque là être une romcom d’une banalité absolue. Elle est artiste, une sorte de timide qui tente tant bien que mal de sortir de ses sentiers battus. Quant à lui, il se présente comme chirurgien et fait sans le moindre doute l’unanimité auprès des femmes. L’appât parfait.

Au départ, tout semble rouler tranquillement entre les deux tourtereaux fraîchement rencontrés. Lorsque Steve propose à Mia de partir tous les deux en week-end alors que leur rencontre date d’environ 72h chrono, impossible de ne pas comprendre que la réalisatrice fait mijoter une suite qui va évidemment mal tourner. Elle laisse penser aux histoires vues et revues de tueur en série, avec des plans figés sur leur voiture qui se perd en pleine forêt. Mais c’est pour une recette un peu plus relevée en épices que Mimi Cave a opté.

Frais : photo, Daisy Edgar-Jones« Ah, je ne m’attendais pas à ça »

le silence du cuistot

Car ce beau charmeur à l’image de genre idéal l’emmène en fait chez lui, pour non seulement la droguer, mais aussi l’attacher dans une pièce pas franchement chaleureuse, et ensuite lui annoncer qu’il va prendre, avec ses mains de chirurgien expert, des morceaux de son corps, de sa chaise plus précisément, afin de les faire déguster à prix d’or à des clients. C’est au bout de trente minutes, assez longues il faut le dire, que la cinéaste change donc de bord, venant donner un coup de masse au spectateurenveloppant cette barbarie par une musique pop qui vient alléger le tout.

Dans un registre qui pourrait facilement nous faire penser à la série Netflix Régime Santa Clarita, avec Drew Barrymore dans le rôle-titre, Frais surprend et surfe entre des thèmes que le cinéma n’a cessé d’explorer, mais rarement cuisinés à la même sauce, ensemble. Le sujet, à savoir bien évidemment le cannibalisme, est certes glauque, mais avec Fraison ne peut s’empêcher de passer deux heures sur un ton qui se rapproche du 72e degré.

Frais : photo, Sebastian StanSébastien Stan

Et l’argument majeur qui permet à ce film, loin d’être inoubliable, de devenir un moment plaisant, c’est bien évidemment Sebastian Stan. Depuis sa prestation dans Moi, Tonya en 2018, les rôles toujours un peu plus barrés les uns que les autres ne cessent de venir à lui.

Nouveau, c’est dans la série Pam et Tommyégalement disponible sur Disney+, qu’il a bluffé le public et la critique en slip derrière une batterie, incarnant un Tommy Lee en roue libre. Dans Fraistout lui est permis. Y compris une petite chorégraphie tout en détente dans sa cuisine, un couteau de boucher à la main, cuisinant la jambe amputée d’une des nombreuses filles qui sont passées dans sa vie avant la jeune Mia. On lui pardonne tout. Même le plus innommable.

Frais : photo, Sebastian StanAu menu ce soir : cuisse de poulette

Frais, dénonciateur léger de la résistance sévère

Malgré ses qualités et quelques références au féminisme et à la sororité tout le long du film (elles ont ici toute leur place), Frais n’exploite pas suffisamment cette dimension, ce qui fait du film de Mimi Cave un travail à la saveur inachevée.

À la moitié du film, on découvre que Steve mène une vie à côté de son activité de couteau suisse chirurgien-boucher-dealer de chair humaine-cannibale, enjolivée par une maison sur ne peut plus américaine et une famille. Rapidement, une scène présente son épouse, jouée par Charlotte Le Bon, comme une insatisfaite de beauté. Et quelques instants plus tard, tout prend sens : elle aussi a été victime de la barbarie de son mari, puisqu’il lui manque une de ses jambes. Mais malgré ça, elle a décidé de rester à ses côtés, de l’aimer et même de lui faire un enfant.

C’est là l’image la plus glauque que l’on peut avoir de l’amour toxique : rester aux côtés de la personne qui prend une part de nous. Mais ici, c’est au sens le plus littéral possible. Steve le dit lui-même d’ailleurs : pour lui, c’est une manière de s’offrir à l’autre.

Frais : photo, Daisy Edgar-JonesDaisy Edgar Jones

Car au fond, c’est peut-être ce que tente de raconter cet ovni de long-métrage. Il traite non seulement du fantasme cauchemardesque de toute femme à l’idée de rencontrer un homme aux apparences tirées à quatre épingles, mais qui vire rapidement dans le sordide. Mais il montre également que certaines femmes peuvent finir par accepter l’inacceptable, faute de pouvoir le combattre. Avec un sujet tel que le cannibalisme pour faire passer le message, la pilule est évidemment bien plus dure à avaler.

Mais dans le fond, le film ne fait qu’exacerber un sujet de société qui est dans toutes les bouches depuis quelques années : celui de l’emprise et des relations qui empoisonnent. Dommage que cet aspect-là, plus que riche, ne soit pas suffisamment assumé, au point où lorsque le générique de fin débarque sous nos yeux, on a la sensation que rien n’a été dénoncé, nous avons refusés.

Reste un film agréable pour déconnecter d’une réalité banale et ennuyeuse, rendu une réalisatrice prendre son pied à jouer sur les stéréotypes de l’amour 2.0 pour mieux basculer dans une sauvagerie sans borne. Mais peut-être qu’il vaut mieux le déconseiller aux plus paranoïaques.

Fresh est disponible sur Disney + depuis le 4 mars 2022. en Fra,nce

Frais : photos

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